Les français et l’écologie : amour naissant ou désintérêt ?

           

A l’heure où, Benoit Hamon, candidat ressorti gagnant à la primaire de la gauche, déclare centrer son programme sur l’écologie et le social,

A l’heure où, Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, instaure une vignette témoignant d’un niveau de pollution pour chaque voiture traversant la capitale depuis le 16 janvier dernier,

A l’heure où, l’écologie est devenue un thème de société tout aussi important que la sécurité, l’immigration et l’emploi,

A l’heure où, les 196 parties de la Convention Climat réunies en l’occasion de la Cop 21 à Paris déclarent « limiter la hausse de la température moyenne du globe en deça de 2°C », accord jugé historique par les observateurs,

A l’heure où ¼ des forêts qui existent aujourd’hui vont disparaître d’ici 2050,

Nous pouvons nous demander quel est le rapport des français à l’écologie ? Se sentent-ils concernés ? Veulent-ils de cette transition énergétique qui est aujourd’hui tambourinée dans les médias  comme une des mesures phares du quinquennat de François Hollande ou sont-ils désintéressés ?

Aujourd’hui, selon un sondage du CNIID (Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets), 52 % des français cherchent à mieux consommer, soit une très courte majorité.

Selon un nouveau sondage, mis en place par GreenFlex société de services en développement durable et l’Ademe (l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’énergie), en 2015 23.7 % des français se déclaraient désengagés face aux problèmes écologiques, un chiffre en forte hausse puisqu’ils étaient 15 % en 2014.

Enfin, et selon l’institut Harris Interactive, ils seraient 88 % à déclarer qu’en terme de dérèglement climatique « les choses n’avancent pas assez en France ».

Face à cette France divisée, nous nous sommes interrogés sur les habitudes des français concernant l’écologie.

                                                         

 

 

Les français et leurs habitudes alimentaires : des habitudes difficile à perdre

Une chose est sûre : les français aiment manger. Bien, une fois qu’on a enfoncé les portes ouvertes cherchons à aller plus loin.

Le manger sain est important

Bien que les plats préparés soient toujours de plus en plus nombreux dans nos supermarchés (faute ou grâce à la volonté des français de toujours diminuer le temps de préparation de leurs plats), la consommation de produits frais a aujourd’hui un écho auprès de la population française. En effet, le français se sent plus concerné qu’auparavant sur le contenu de son assiette notamment grâce aux spots publicitaires télévisuels de l’industrie agroalimentaire. Cependant 46 % des français, selon l’étude Harris Interactive, estiment que bien se nourrir est une tâche complexe plus particulièrement pour les personnes faisant peu de sport ou en surpoids ou peu diplômés.

                                

Manger végétarien : A quoi bon ?

En effet, à l’heure où les reportages décriant l’industrie agroalimentaire se multiplient, à l’image de « Cowspiracy » célèbre documentaire américain sorti en 2014, qui analyse de manière partisane l’impact de l’industrie agro-alimentaire sur l’environnement avec des chiffres à en faire frémir plus d’un comme le fait qu’un steack de boeuf de 150g représenterait à lui seul l’équivalent d’un mois et demi de douches en litres d’eau ingurgité, les français se sentent perdus entre leurs traditions culinaires et les nouvelles consignes mises en place par le gouvernement, les médias ou bien encore les activistes. En effet, le reportage cité plus haut encourage et légitime le mode de vie végan qui est, selon le réalisateur, le seul mode d’alimentation viable et durable.

Pendant ce temps-là, et selon le journal des Femmes, parmi les 15 plats préférés des français, nous retrouvons pour unique plat végétarien à la 14ème place le gratin dauphinois (les 3 premières places étant occupées par le magret de canard, les moules frites et le couscous).

Selon un sondage de OpinionWay, 10 % des français interrogés déclarent envisager de devenir végétarien même si un peu moins de 3 % le sont officiellement.

                

Le Bio, un phénomène qui prend de l’ampleur

Le mode de vie Bio, lui aussi, est encore loin de faire l’unanimité dans les modes de consommation des français. En effet seulement 2 % déclarent manger exclusivement bio. Cependant 24 % affirment avoir augmenté leurs dépenses dans les produits bio ces 12 derniers mois et 75 % déclarent manger des produits bio occasionnellement (enquête BVA).

On peut dire que l’industrie du bio se porte bien et est en constante augmentation du chiffre d’affaires ces dernières années. Il occupe désormais 1.7 % du marché alimentaire contre 1.1 % en 2005. Désormais, nous pourrions citer très difficilement les supermarchés irréductibles qui ne possèderaient pas leur propre rayon bio ou du moins quelques étagères. Les géants du secteur comme Carrefour, Leclerc ou Auchan possèdent même leur propre marque de bio et multiplient les références afin de toucher toujours plus de consommateurs (Carrefour Agir Bio, Bio Village et Auchan Bio). Les hard-discount comme Aldi et Lidl ne sont pas encore à ce niveau bien que leurs références bio sont bien présentes dans leurs enseignes avec, à la grande surprise des consommateurs des prix abordables même si l’offre reste encore limitée (comparatif établi par le blogconsommerdurable.com).

Mais alors qui consomme Bio ? Selon bioalaune.com, le consommateur bio typique serait une quadragénaire (environ 42 ans) citadine et connectée. Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer, le statut sociale et la situation financière n’influencerait pas la consommation alimentaire. 
Bien que certaines polémiques visant à déclarer que les deux plus gros labels Bio du secteur AB et Agriculture Biologique ne sont pas assez restrictifs, polémiques se nourrissant du fait qu’il est tout à fait possible qu’un produit soit labellisé et contenir des produits OGM (présence autorisée à 0.9 %), le nombre de produits cherchant à se labelliser ne cesse de croître.

Nous constatons donc que l’industrie du bio est un marché porteur même s’il lui reste une grande marge de progression pour atteindre le cœur des français. En effet lorsqu’on demande à un français son opinion sur le marché du Bio, la réponse revenant le plus souvent est le prix très onéreux d’un grand nombre de produits. Ainsi, le français veut le beurre et l’argent du beurre : consommer sain et bon marché. Peut-être est-ce trop demander ?  Peut-être sera-t-il un jour un souhait exaucé ? L’avenir nous le dira.

                                  

Comparaison avec nos voisins européens :

                                                            

Aujourd’hui, en terme de consommation du bio, la France est le deuxième marché européen derrière l’Allemagne.

Concernant le végétarisme, la France est à la traîne vis-à-vis de ses voisins européens : faute, on s’en doute, à son patrimoine culinaire très riche au propre comme au figuré. Ainsi lorsque les français sont moins de 3 % à se déclarer végétarien, ils sont bien loin de leurs confrères allemands et anglais avec 9 % de végétarien au sein de leur population et encore plus loin de leurs voisins italiens affichant plus de 10 %.

Enfin, les français sont la troisième population européenne à manger le moins de calories au quotidien (1629 kcal) après l’Italie et l’Espagne (environ 1500) et sont ceux sautant le plus souvent le repas du petit-déjeuner.

Les français et leurs dépenses en énergie : les nouvelles préoccupations du gouvernement

La campagne sur la transition énergétique du ministre de l’écologie Mme Ségolène Royal est encore aujourd’hui au cœur de l’actualité avec notamment la création des Territoires à Energie Positive (422 dernièrement) qui permettrait d’éviter 730 000 tonnes de CO2 par an selon le ministère de l’écologie. Ainsi, les dépenses en énergie des français sont une des grandes préoccupations du gouvernement en matière d’écologie. Mais est-ce que les français suivent l’exemple ou sont totalement déconnectés de ces préoccupations ?

Pour un foyer français, les dépenses en énergie sont classifiés en deux grandes catégories que nous allons nous empressés d’analyser : les dépenses au sein du logement et les dépenses en carburant.

Les dépenses au sein du logement :                                         

En 2015, les français dépensaient en moyenne 238 euros par mois pour leurs dépenses énergétiques dont 140 euros pour leur logement (source : Bilan énergétique de la France) avec comme principaux facteurs pesant sur leur facture d’énergie : le type de chauffage utilisé, la surface du logement et le type d’habitation (individuelle ou collectif).

Aujourd’hui, lorsqu’on pose la question aux français, 78 % déclarent faire confiance aux énergies renouvelables avec en terme d’action environ 13 % des français déjà équipés de panneaux photovoltaïques, chauffe-eau solaire et pompe à chaleur selon l’IFOP. Egalement, 31 % de la population déclarent vouloir réaliser des travaux de rénovations énergétiques. 
Malgré tout le prix d’achat et le fait de ne pas être propriétaire sont les deux gros freins à l’installation des énergies renouvelables pour les particuliers et en effet, parallèlement 12 millions de personnes sont considérés en situation de précarité énergétique puisqu’ils consacrent 10 % de leurs revenus à ces dépenses.

Des tendances sont toutefois à souligner comme le désir pour 1/3 des français de mettre en place une isolation thermique dans leur logement afin de rendre leur habitation moins « énergivore ».

Ainsi, en termes de dépenses énergétiques liés à l’habitation, les français se sentent globalement concernés par la nécessité de réduire leur consommation. Cela est dû sans nul doute pour une part aux crédits d’impôt dont ils peuvent bénéficier, mises en place par Mme Royal pour favoriser la transition énergétique, et d’autre part aux économies engendrés par leur consommation propre.

                                                  

Et chez nos voisins ? 

Nous le savons, l’Union Européenne est le plus gros consommateur d’énergie au monde et doit compter sur les pays tiers pour lui fournir la majorité de l’énergie qu’elle consomme et s’est dont dotée depuis 2009 du Paque Energie Climat qui a pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre des membres. 
Au sein de l’Union, c’est l’Autriche et le Danemark qui montre l’exemple puisqu’ils comptabilisent respectivement 34 % et 56 % de consommation d’énergie renouvelables par rapport à l’énergie globale. La France quant à elle, arrive à réduire sa consommation d’énergie globale mais est encore loin de consacrer une part aussi importante à son énergie renouvelable.

Les dépenses en carburant :

                                               

En France, un citoyen dépense en moyenne 98 euros par mois pour ses dépenses en carburant et bien que le français ait un tempérament râleur et estime que l’essence et le gazole ne vont qu’en augmentant, la réalité est tout autre. En effet, et selon l’observatoire du gouvernement, les prix sont en constante diminution depuis 2012. Quant à l’utilisation du bio-carburant, déjà intégré dans l'essence et le gazole, il est en hausse avec notamment 80 litres de bio-carburant consommés par seconde ce qui fait de la France la deuxième plus grosse consommatrice d’Europe même si cela laisse tout de même encore une belle marge de progression.

Les français et leurs déplacements : des inconditionnels de la voiture

                                                

Les français sont, selon certains clichés, des individualistes. En effet, cela s’en ressent dans leur choix de transport : Le français est un inconditionnel de la voiture individuelle contrairement à ses voisins allemands ou bien encore hollandais où le vélo est monnaie courante dans tous les paysages urbains et ruraux et bien qu’1 français sur 2 déclarent utiliser les transports en communs ce mode de transport est, selon certains observateurs, pas encore suffisamment plébiscité.

Cependant nous constatons que tous les français ne sont pas des obsessionnels compulsifs de la voiture et que cela se retrouve surtout chez les actifs âgés entre 25 et 60 ans où l’automobile est bien souvent le transport pris quotidiennement pour se rendre à son lieu de travail.  
Pour les 18-24 ans, un peu plus sensibilisés que leurs aînés à l’écologie, les transports alternatifs comme les transports en communs, le co-voiturage ou bien encore le vélo (plus de la moitié d’entre eux déclarent l’utiliser selon France Nature Environnement).

Le train est le deuxième mode de transport plébiscité par les français même s’il est loin derrière son homologue à 4 roues (10 % des trajets effectués en France), ses voyageurs ne cessent de s’accroître grâce, notamment, à la multiplication des lignes TGV et TER qui relient toujours plus rapidement les grands axes.

Concernant la voiture électrique, à l’heure actuelle elles représentent un parc de plus 93 000 véhicules en circulation pour 1.08 % des ventes de véhicules neufs ce qui en fait un secteur d’activité avec une progression impressionnante de 26 % sur l’ensemble de l’année 2016. (source : AVERE France)

Mais les français sont de plus en plus nombreux à se déplacer via les transports en commun, à pied ou à vélo. En effet, leur pouvoir d’achat ayant chuté le budget essence s’est retrouvé amoindri. Ainsi et selon une enquête TNS Sofres, 28 % des français se déplacent désormais en vélo ou à pied et 18 % déclarent utiliser plus régulièrement qu’avant les transports en commun.

Les français et leur gestion des déchets : les petits joueurs de l’Europe

                                                              

Un constat accablant inquiète le ministère de l’environnement : près de la moitié des français ne trient pas leurs déchets de manière systématique et cela ne va pas aller en s’arrangeant puisque les observateurs constatent que les jeunes trient moins que leurs aînés.

Le tri sélectif est tout de même le premier geste écologique en France avec 87 % des français déclarant triés occasionnellement leurs déchets. 
Si l’on devait dessiner un portrait-robot du trieur il s’agirait essentiellement des actifs et des retraites ruraux puisque faute au manque de place pénalise la présence de bac de recyclage. 
Le non-trieur, quand à lui, est représenté par un jeune âgé entre 15 et 24 ans logeant dans un appartement ou en H.L.M selon « eco-emballage ». Le plastique qui est la matière la plus compliquée à recycler car existant sur différentes formes est ce qui est le moins bien recyclé en Europe avec seulement 6 bouteilles recyclés sur 10 consommés

Le taux de recyclage en France est de 35 % ce qui est bien loin encore de l’objectif fixé par l’union européenne (70 %) mais reste dans la moyenne européenne. Des campagnes d’informations ont donc été mises en place par le gouvernement pour pallier cet écart qui reste encore aujourd’hui problématique et en effet, la désinformation et/ou le manque d’informations conduit à ce comportement puisque la plupart des français interrogés reconnaissent que s’ils ne trient pas il s’agit essentiellement du fait qu’ils ne savent pas dans quelles poubelles jeter leurs déchets. 

Sur le podium européen des plus gros recycleurs on trouve l’Autriche, l’Allemagne et la Belgique avec environ 60 % de leurs déchets recyclés, la France étant loin derrière en 13ème position ce qui est plutôt mauvais comparé à sa densité de population.

                

 

Ainsi, le rapport du français à l’écologie est très éclectique et globalement mitigé. En effet, bien qu’affichant de grandes ambitions, la France peine à atteindre ses objectifs écologiques. Faute peut-être au manque d’informations qu’on fournit aux français sur l’application des gestes écologiques au quotidien. Peut-être que le français a besoin de motivation financière comme en Allemagne où le gouvernement a mis en place une aide financière pour tout achat de voiture électrique. Peut-être que le français, en période de très faible croissance n’affiche pas encore l’ambition de diminuer son impact écologique qu’il juge peu important. Peut-être que ce n’est tout simplement pas encore dans sa culture. Nous constatons tout de même qu’il fait des efforts et qu’il ne s’est jamais autant impliqué qu’aujourd’hui. Un jour peut-être le verra-t-on, jaloux de son camarade allemand pour qui on ne cesse de lui répéter qu’il est meilleur que lui, prouver qu’il peut lui aussi devenir écologiste.